Question C3 :
Les « gros » cyclones ne sont-ils pas aussi
les plus intenses ? Rédigé par Chris
Landsea
Non. Il n'y a qu'une très petite corrélation entre l'intensité
(mesurée par la
force des vents moyens ou la pression au centre)
et la dimension (mesurée par le rayon des vents de 15
m/s [coups de vent, 30 kt] ou le rayon de la dernière
isobare fermée) (Weatherford
et Gray 1988). L'ouragan ANDREW, qui est un bon
exemple de cyclone tropical très intense (922 hPa de
pression au centre et 64 m/s [125 kt] de vents moyens
quand il a touché la Floride), était aussi de taille
relativement petite (les vents de plus de 15 m/s n'étaient
observés que dans un rayon de 150 km autour du centre).
Weatherford et Gray (1988) ont aussi montré que
les changements d'intensité et de dimension sont indépendants
l'un de l'autre.
Question C4:
Est-ce qu'il y a déjà
eu des essais ou des expériences pour réduire la force
d'un ouragan ?
Rédigé par Chris Landsea
Le gouvernement des Etats-Unis a autrefois soutenu
un projet de recherche sur les méthodes pour modifier
les ouragans, appelée Projet STORMFURY. Pendant quelques
décennies, la NOAA et ses prédécesseurs ont tenté
d'affaiblir des ouragans en lâchant de l'iodure d'argent,
une substance qui sert de véritable noyau de congélation,
dans les bandes pluvieuses des tempêtes. Pendant les
années qu'a duré STORMFURY,
les scientifiques ont ensemencé les nuages des ouragans
ESTHER (1961), BEULAH (1963), DEBBIE (1969) et GINGER
(1971). Les expériences se sont déroulées en plein
Atlantique, loin des terres. L'ensemencement de STORMFURY
ciblait les nuages convectifs situés juste à l'extérieur
du mur de l'oil de l'ouragan afin d'essayer de former
un nouvel anneau de nuages qui, on l'espérait, allait
entrer en compétition avec la circulation naturelle
de la tempête et affaiblir cette dernière. L'idée
était que l'iodure d'argent allait augmenter les orages
d'une bande pluvieuse en provoquant la congélation
d'une eau surfondue, et ainsi libérer la chaleur latente
de fusion et aider la bande pluvieuse à se développer
aux dépens du mur de l'oil. Avec une convergence affaiblie
vers le mur de l'oil, les vents forts du centre s'affaibliraient
également un peu. Pour que l'ensemencement des nuages
soit efficace, les nuages doivent contenir suffisamment
d'eau surfondue (de l'eau qui est restée liquide à
une température inférieure au point de congélation,
soit 0°C). Idée intéressante, mais qui, en fin de
compte, présentait un grave défaut. Les observations
effectuées dans les années 1980 ont montré que la
plupart des ouragans ne contiennent pas suffisamment
d'eau surfondue pour que l'ensemencement STORMFURY
fonctionne : la force ascensionnelle est relativement
faible dans la convection des ouragans et les courants
ascendants proportionnellement limités par rapport
à ce qu'on peut observer dans les super-cellules ou
les multicellules continentales des moyennes latitudes.
De plus, il a été découvert
que les ouragans qui n'avaient pas été ensemencés
formaient des mur de l'oil extérieurs de façon naturelle,
exactement comme l'auraient fait ceux qui ont été
ensemencés, selon les scientifiques de STORMFURY.
Ce phénomène rend quasiment impossible la différentiation
entre les (éventuels) effets de l'ensemencement et
les changements naturels. Les réductions de l'intensité
constatées lors du peu d'ensemencements réalisés étaient
sans nul doute dues à ce qu'on appelle aujourd'hui
les « cycles de murs
de l'oil concentriques ». Ainsi, la nature accomplit
ce que la NOAA avait espéré réaliser artificiellement.
Pas étonnant qu'on ait considéré les premières et
rares expériences comme des succès. Les résultats
des expériences d'ensemencement ayant été aussi peu
probants, STORMFURY a été abandonné. Un comité spécial
de la National Académie os Sciences (académie nationale
des sciences) a conclu qu'une meilleure compréhension
des phénomènes physiques se produisant au sein des
ouragans était nécessaire avant de poursuivre toute
expérience de modification. A l'heure actuelle, l'objectif
principal de la Hurricane Research Division (division
de recherche sur les ouragans) de la NOAA est de mieux
comprendre la physique des ouragans et d'en améliorer
la prévision. Pour en savoir plus sur le projet STORMFURY
comme on l'appelait, lire
Willoughby et al. (1985).
|